--- La Fortiche 2002 ---
La FORT'iche 2002 était une course en montagne de
120 km et 7500 m de dénivelé positif et autant en négatif
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Récit de Luc
19ème en 23h29
La Fortiche de Luc
Nous avions décidé, sous l'impulsion de Nico, de nous inscrire à
cette course hors norme. Je dis nous, car nous sommes trois ce
samedi matin, à nous réveiller à 3 heures du matin pour manger du
gâteau Maxim (Patrick) et différents aliments qui, pensons-nous,
nous tiendront au ventre. Les trois andouilles à frontales sont
par ordre décroissant de taille : Patrick, Nicolas et Luc.
Vous aurez dans un premier temps la version de Luc (moi-même) et
par la suite celles des collègues.
Réveil donc à 3 h du matin pour être prêt au départ à 5 h, il faut
préparer le sac de la mi-course et le confier à l'organisation
pour l'avoir à Avrieux. J'ai passé une bonne partie de nuit( 21 h
- 3 heures) et la préparation du départ se fait en dégustant du
gâteau de riz et en contemplant les autres concurrents. Il y a le
vainqueur de 2001, Jens Lukas et plein de gars affûtés.
L'organisateur nous parle mais j'ai du mal à l'écouter, je préfère
rigoler avec Nico alors que Patrick se concentre seul. Le départ
est donné à 5 heures tapante et les 164 inscrits s'élancent.
Nous partons ensemble lentement en trottinant à la lueur de la
frontale. Déjà, il me semble en écoutant le souffle de certains,
que leur rythme n'est pas le bon, enfin chacun ses stratégies et
chacun son souffle !
Très vite, il faut éteindre les frontales, les ranger dans le sac
et avancer. C'est à l'occasion d'une pause naturelle de Nico que
le groupe de 3 se scinde. Je suis devant, sans avoir accéléré, je
suis des concurrents qui ont sensiblement le même rythme que moi
et je suis persuadé que Nico et Patrick me remonteront bientôt.
Dans les dernières pentes du premier col, je me retourne et ne
reconnais aucun des deux coureurs.
Je passe ce premier col en 2 h 11, en pleine forme mais un peu
frigorifié par le vent très frais ce matin. La descente sur
Valloire est longue mais rapidement faite. Je bois et mange à
chaque ravitaillement ce qui fait qu'avec mon Camelback et les
barres que j'emporte, je ne manque de rien.
Déjà, les concurrents sont éparpillés sur une sacrée distance et
je passe des dizaines de minutes sans voir personne. Valmeinier
est vite atteint et les pentes remontant vers le ravitaillement 2
sont raides. A ce ravitaillement, il y a déjà beaucoup de coureurs
arrêtés, perso, je remplis ma poche, prends une banane et repars.
La signalisation n'est plus présente, nous remontons, un groupe
d'allemands et moi des pistes raides. La signalisation réapparaît
et nous envoie sur un sentier vers le col des Marches. C'est dans
ce col que je vais passer un des deux plus mauvais moments de la
course. Un coup de barre atroce dans les pentes terminales du col,
heureusement le panorama donne des alibis aux arrêts pour respirer
moins vite.
Au col, il y a un ravitaillement où je bois deux verres de Pepsi
pour conjurer ce coup de barre. Un coureur arrivé en même temps
que moi fait une hypo et se couche au col à 2725 m.
J'attaque la descente au bout de 6 h 05 de course, RAS, cela me
convient, je rattrape du monde et passe au ravitaillement. Un
bénévole me dit que c'est le 45 ième kilomètre, je n'en reviens
pas : déjà !
La crête des Bataillères(2804m) est longue à atteindre mais je
suis beaucoup moins mal que dans le col précédent. Je passe en 7 h
47 à la 54 ième place. C'est maintenant de la descente sur 15 km,
sur les premiers kilomètres je rattrape 5 concurrents, je suis
tout content car c'est facile, je suis bien.
Jusqu'à Fourneaux, je doublerai 16 coureurs, de Fourneaux à
Avrieux 5 supplémentaires. J'arrive au kilomètre 75 en 10 h 29.
Là le médecin me file la trouille car j'ai perdu 2,8 kg,
heureusement ma glycémie est à 1,15, il me laisse repartir. Je
m'arrête 51 minutes pour manger, boire, changer de chaussettes et
souffler. Je prends mon walkman, mon courage à deux mains et
repars pour la deuxième partie de parcours.
Je suis arrivé 32 ième à Avrieux, je suis très content de cette
place et j'aimerais la garder jusqu'à la fin. Jusqu'à Bramans, je
m'économise car le Mont Froid (+ 1600m ) fait peur. De toutes
façons, je suis fatigué donc ne fais pas le malin et assure ! Je
passe à Bramans et entends mon prénom, c'est un ami d'école que je
n'avais pas vu depuis 16 ans qui m'appelle, il est journaliste et
couvre la course pour son journal. Nous discutons 5 minutes puis
je repars.
Je repars vers le deuxième mauvais moment de la course : entre
1800 m et 2000 m, je fais une hypoglycémie qui me scotche dans la
montée, je me traîne à + 500 m heure. Heureusement, au Jeu, à la
mi-montée, un ravitaillement me sauve car il y a une boîte de
rillettes de saumon qui traîne. Je me fais un sandwich et repars
laissant 2 coureurs. Le gars du ravito me dit que je suis 25 ième,
le temps de comprendre ce qu'il me dit, je suis loin et me dis que
soit j'ai mal compris soit il ne sait pas compter.
En fait, plus de 10 gars devant moi ont abandonné et sont
redescendus. Je progresse donc de 10 places !!
Les rillettes de saumon me sauvent, il me fallait du salé. La fin
du Mont Froid est raide, le soleil commence à descendre, la
journée est passée à une vitesse incroyable.
Je passe au sommet en 15 h 38. Dans la descente, je double le plus
jeune coureur(19ans) enroulé dans sa couverture de survie, il a
pris un coup de froid au Mont Froid. Aux ravitaillements, je ne
demande plus que du salé, mais ils n'ont que du sucré, dur !
C'est dommage car les bénévoles sont adorables. Sous la tente à
2420 m, les 5 gars que j'avais en point de mire dans la montée
sont là. Quatre sont couchés ! et un seul repart devant moi. Un
rapide calcul, je suis 21 ième, c'est un rêve !
Je double celui qui vient juste de partir, ainsi qu'un anglais
scotché dans le col des Randouillards. Je passe avec le premier
doublé au col en 16 h 58, nous finirons la course ensemble car nos
rythmes sont identiques. Nous doublons encore un père et son fils
qui veulent finir en moins de 24 heures.
Au ravito du fort, on m'donne un merguez, le bonheur ! Le pas de
la Beccia est atteint en 18 h 17 (le premier est déjà arrivé !),
il nous reste 20 km. A Savalin, mon collègue d'école m'encourage
et nous dit que nous sommes dans les 20 premiers.
La montée du Malamot en suivant les bâtons lumineux est un grand
moment de fatigue, mais nous passons en 21 h au sommet. La
descente sur le barrage se fera en marchant vite et l'arrivée,
après une dernière montée au fort de Ronce, se fera 23 h 29 après
le départ.
Nous sommes, le collègue et moi, 19 ième. Je suis crevé, on
discute un peu puis je vais dormir une demi-heure. j'attends,
hagard, où sont Nico et Patrick, le temps se gâte. Cela fait 2
heures que je suis arrivé et il pleut, il fait froid.
Nico arrive en 26 h 23 et Patrick en 29 h 10. A eux de raconter
leur course.
Récit de Nico
36ème en 26h23
La Fortiche de Nico
L'avant course
Se la mettre en tête un an avant, c'est pas du luxe, cela étant
tout, miser là-dessus est risqué, donc j'ai fait un début de
saison en me faisant plaisir sans souci d'économie.
Fin juin, j'avais 8 courses dans les jambes, dont 4 au-delà des 37
km. Une inflammation du tendon rotulien lié à un problème de
cartilage a failli tout mettre en l'air.
Par manque de temps, il fallait privilégier la qualité. Je suis
allé 2 fois 3 jours aux Ménuires pour courir au-delà de 2000m.
C'est indispensable !!!
La tension monte...
La veille du départ, dans la salle de l'organisation, c'est la montée d'adrénaline avec les photos de la course 2001 et les commentaires glacés des concurrents de l'année d'avant.
La course
Départ tout doucement, la difficulté étant de trouver le rythme
sur une course pareille !!!
Courir à 5km heure signifie 23h de course, à 5.5 km heure on est à
21h, le gain est énorme et ça ne fait que 8 mètres de plus à la
minute !! Je me suis arrêté 2 fois dans la première heure pour
"convenances personnelles" dirons-nous, le résultat est que je
n'ai plus revu Luc, mon cousin, avec qui j' avais prévu de courir
(il finira avec presque 3 h d'avance !!!).
Les sensations étaient bonnes, le mental un peu moins. Je me
disais que c'était interminable. A cette allure, les kms défilent
vraiment doucement. Ce n'est qu’à partir de l'approche de
Modane(km 70) que je suis vraiment rentré dans la course.
Le fait d'arriver là déjà est un petit exploit, on sait que
beaucoup ne vont pas repartir et bizarrement moi ça me motive !!
Je crois qu'il faut éviter de manger des pâtes à ce stade de la
course car l'organisme ne peut pas les assimiler pour les
"resservir " pendant la nuit. Cependant, il faut du salé, pour
changer et pour éviter les crampes. La montée du mont froid mérite
d'être reconnue : 20 jours avant la course est l'idéal.
C'est un monstre!!
Il faut près de 4 h.
Je monte bien et je sais que je reprends du temps à Luc mais 30
minutes avant le sommet, la nuit tombant, j'attrape une hypo. La
suite est un long calvaire. Je n'arrive plus à m'alimenter, les
heures défilent, les difficultés ne me laissent que peu de répit
et à Savalin au km 105 c'est le doute.
20, 30 minutes à se demander si je continue ou pas. Je dors à
moitié et entends l'assistance dire: "il ne repartira pas, il
mange pas".
J'ai mangé et bu un bouillon salvateur et je suis reparti en
compagnie d'un italien pour la montée de Malamot. Tout droit dans
la pente sur 900 mètres!!! La montée est hachée de nombreuses
poses mais on avance. La descente est longue mais la récompense ne
fait plus aucun doute malgré la pluie sur la dernière demi-heure.
26 heures 23 minutes, 36ième après être passé 50ième au km 80.
J 'ai le 28ième temps du 2ième tronçon .
J' y retourne l'année prochaine.
L'après course
Un état de bien être les jours suivants m'a poussé à m'inscrire au trail des Mélèzes sur 45 km avec 2400m de dénivelé, 15 jours après la fortiche. J'y ai retrouvé l'italien Simone qui préparait le triathlon C d'embrun!!! Il m'a mis 10 minutes en finissant 10ième et moi 16ième avec de très bonnes sensations!
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