--- Le GR20 non-stop ---
Tentative Non-Stop : Calenzana / Conca
166km • 13 200m+ (20 juillet 2012)
Calenzana/Conca
166km
13 200m+
le 20 juillet 2012
LUC
Départ donc le 20 juillet à 6 h...
Les ados sont avec nous jusqu'au premier col. Nous progressons
sans accrocs, de l'eau au premier refuge... Le Carrozu atteint
dans un bon état de fraîcheur puis c'est la montée sur les dalles
avec l'impression de monter dans un four. Pas trop d'air, un arrêt
au lac pour se mouiller la tête puis ce sont les crêtes au dessus
d'Asco. Il fait toujours très sec et nous atteignons le cirque de
la solitude. Après un ravito sorti du sac, nous continuons, le col
perdu s'enchaîne et l'arrivée à Tighitti se fêtera avec des coca
frais. L'eau pour remplir les bidons est chaude, très chaude...
Même à la bergerie au dessous. Il faudra faire avec.
La dernière montée avant Vergio est passée, pas si mal en fait et
il faut rejoindre Vergio où Dan, Isa et Esteban nous attendent
pour le premier ravitaillement.
On arrive en 13 h 30, soit 25 min plus vite que pour le 3 jours,
sans avoir pioché, en bon état. Les salades de riz préparées la
veille passent super bien, je me refais une santé digestive. Nous
nous habillons car l'air fraîchit et nous avons encore du chemin à
faire. Isa et Dan sont aux petits soins avec nous, c'est super. Un
arrêt finalement assez long ( 40 min ) mais qui permet de
s'engager dans la nuit en sécurité.
Isa nous accompagne jusqu'au col saint Pierre et nous partons tous
les deux sur la crête aux arbres penchés. 2 anglais perdus sans
eau, carte et lampe nous demandent leur chemin, ils sont
complètement perdus. Nous essayons de les mettre sur le bon chemin
mais de nuit, ils ont dû mettre 1 h 30 / 2 h pour rentrer...
Pour nous, s'en suit une partie bien longue jusqu'au Manganu. De
mon côté, la faim revient mais je n'ai pas envie du salé que
j'emporte, je mange donc les Pom'potes. La brèche de Capitello est
dans le noir complet, pas de lune, c'est impressionnant.
La suite est étrange, de jour, je me repère en regardant les lacs
sur la gauche. Là, je ne vois rien, nous progressons pas si mal
mais sans vraiment savoir où nous sommes par rapport au tracé.
Surpris d'attaquer le col au dessus de Petra Piana, nous faisons
un micro sommeil de 15 min dans la seule partie herbeuse de 10 m²
du coin. Il fait frais, nous grelottons, il faut continuer. Petra
Piana est atteint, nous nous posons dans l'herbe et sortons nos
sandwichs à l'abri du vent froid. Je ne peux presque rien avaler
de salé, Nico ne mange pas trop non plus d'après ce que je vois.
Le voilà, le tournant de ce GR non-stop, il aurait fallu qu'on
prévoie un ravitaillement fourni ici. Nous sommes obligés de
partir, il est 2 h du matin, le refuge est fermé, il fait froid...
Nous décidons de ne pas nous engager sur la variante sur laquelle
nous ne rencontrerions rien ni personne. Nous descendons à Tolla.
Notre timing en prend un coup et notre assistance est injoignable.
Pour la prévenir, afin qu'elle ne s'inquiète pas, je dis à Nico
que s'il veut continuer en montant à Muratella, je peux tirer tout
droit et rejoindre la route pour trouver du réseau. La proposition
est merdeuse, il faut qu'on reste ensemble mais à ce moment du GR,
la fatigue, la faim nous tiennent.
A la passerelle, Nico prend quelques minutes de réflexion et me
dit qu'il tire tout droit avec moi. Nous allons pouvoir prévenir
nos familles et amis qu'il ne faut pas se déployer sur Verde et
Bavella. Prévenir Pierre que ce n'est pas la peine de nous
attendre à 8 h à Vizza alors que nous serions arrivés à 11 h.
Cela fait 24 h que nous sommes partis.
Bref, la décision s'est prise avec les différents facteurs qui,
accumulés, font que nous ne pouvions pas sereinement continuer. Il
faut réellement des ravitaillements en quantité non négligeable
sur ce GR20, tout avoir dans le sac en progressant vite est
utopique ou du moins pas à ma portée. Les derniers records le
montrent bien, il faut une grosse logistique.
Bref, 15 jours après, je ne sais pas quoi penser d'une nouvelle
tentative... avec Isa ? recruter sur les forums de càp des
candidats potentiels ? renoncer car nos limites ont été trouvées ?
En tout cas si nouvelle tentative il y avait, ce serait avec El
Nico ou rien .
Un grand merci à nos familles, à Dan, Isa et Esteban.
NICO
ça passe pas!!!! On ne peut pas courir 14h pour avoir un premier
vrai ravito perso puis à nouveau 15h et en plus avec une portion
de nuit.On a échoué et la cause est là.
Dès la prépa , je ne le sentais pas serein ce gr20. Assistance
décidée sur le tard à l'arrache, pas de vrai stage commando de 7
jours. La preuve, je me retrouve avec des crampes avant la
passerelle, du jamais vu en ultra. Le départ était pourtant bien
agréable avec les fistons pilotes jusqu'au 1er col. Les refuges et
ravitos s'enchaînent et le timing est au poil. Il fait très chaud
et après la passerelle, la montée fait mal.
Le rythme est bon et le cirque se profile déjà. L'avance par
rapport à mon timing augmente même alors que notre vitesse est
basse désormais. Partis avec 3.5l entre Carozzu et Tighitti je
pensais avoir assez. C'était sans compter sur l'eau chaude qui
coule désormais du tuyau à ce refuge. Idem à la bergerie
en-dessous. Pas le choix, il faut boire chaud pour passer la
dernière montée avant d'entamer la descente sur Vergio.
On gère et Isa, notre nounou de Vergio, vient à notre rencontre,
ice tea en main. On retrouve Esteban et Dan au col ainsi qu'une
table de ravito bien chargée. Il y a le choix!!!! L'appétit vient
peu à peu mais les organismes sont bien marqués. Impossible
d'arriver à Vergio frais comme un gardon, c'est un trail de 45km
environ avec +5200m!!!!!!!Dan et Isa se plient en 4 pour nous
permettre de recharger. Je crampe sur mon fauteuil en même temps
que je me refroidis mais ça fait partie du trip et il faut laisser
faire le temps. On repart en mode rando avec encore de l'avance
malgré une pause de 40 min au lieu de 30 minutes prévues.
Col saint Pierre, la nuit tombe et Isa rebrousse chemin. C'est à
nous de jouer serré désormais. On croise ce couple d'Anglais dont
Luc parle dans the CR, le lac Nino se profile mais invisible à
nous. On aperçoit les lumières de Manganu, c'est long , très long
car on ne court plus. Les minutes d'avance sur le timing diminuent
mais c'est anecdotique. Vient la brèche, assez vite finalement,
même si la montée se fait à un tout petit rythme. J'appréhendais
la partie aérienne et de nuit entre la brèche et Pietra Piana. Il
n'en fut rien, ça se passe aisément sans risque et le temps passe
vite la nuit. Déjà la montée avant Pietra Piana. Ca fait un moment
que mon pas est chaotique, ça me rappelle la montée de la tête au
vent sur l'utmb ou celle bien plus terrible de la Muzelle au TOE.
On est désormais couché dans l'herbe pour 15 min puis arrétés pour
ravitailler dehors seuls dans la nuit à Pietra Piana. Je mange
mais peu, je sais que ça peut passer jusqu'à Vizzavonne quand
soudain, je regarde mon timing et constate qu'il faut autant de
temps entre la brèche et Pietra que pour faire la variante en
direction de Muratellu. Je suis assommé et Luc, mal en point, ne
m'apporte pas le boost nécéssaire dans ce gros moment de doute. On
est terrassé et décidons de descendre à la passerelle pour trouver
un terrain plus souple et remonter +1200m par le gr traditionnel.
La descente est infernale et les forces manquent. On aurait pris
2h de retard à Vizzavonne c'est rien en fait , mais derrière il
reste beaucoup de difficultés. On était pas prêt, le gr20 fait
mal, très mal.
Je crois qu'on y reviendra pour tenter à nouveau mais que de
sacrifices pour l'entourage et les amis. On ne peut pas leur
imposer ça.
On apprend de ce genre d'échec et il n'en reste pas moins qu'un
trail de 24 h avec T1000, sur le gr20 ,et une seule assistance
perso c'est déjà un super souvenir.