COURIR EN MONTAGNE

--- Le GR20 2025 en famille et amis ---

Vincent

Préparation

Coureur amateur de trail depuis 2018, avec un entraînement un peu plus sérieux depuis 2023, je n’avais pas encore fait de circuit de plus de 40 km ou de dénivelé au-delà de 3 000 m quand Simon m’a fait part du projet “GR20 en 5 jours en famille”, totalisant près de 180 km horizontaux et 13 km de dénivelé. Même sans considérer le terrain (qui s’avèrera être la principale difficulté), ces nombres faisaient déjà peur. Enfin, plus de 6 mois pour se préparer, une opportunité unique de revoir la famille, de partager une activité que nous aimons tous, et aussi de connaître la Corse, ce n’était pas refusable. Et puis, au pire, si c’est trop difficile, il est toujours possible d’abandonner à la fin d’une étape. Je confirme donc ma participation en octobre, fait part du projet à mon entraîneur, et m’inscris à quelques épreuves:
● Février: 47 km, D+/D- 2 600 m → 9h07
● Mars: 52 km, D+/D- 3 000 m → 9h32
● Mai: 95 km sur 3 jours, D+/D- 3 400 m, terrain assez minéral.
Je prends aussi contact en janvier avec une nutritionniste qui m’aidera à perdre un peu de poids et surtout à ajuster mon alimentation quotidienne et pendant l’effort. Quelques douleurs aux hanches après l’épreuve de mai font que je n’ai pas fait autant de dénivelé que je l’aurais voulu en juin, mais les nombres du GR20 ne me faisaient plus autant peur qu’en octobre. Ce qui m’inquiétait le plus:
● Ma capacité de récuperation d’un jour à l’autre (à tester);
● La canicule sèche, différente de la chaleur humide du Brésil.
Mais aucun de ces points n’a finalement été un réel problème…

Jour 1 - 10/juil. - Une douche froide

Je ne connaissais pas le niveau de préparation de tous les participants, mais je savais déjà que j'étais moins rapide que tous ceux que je connaissais, sauf peut-être Stéphanie, qui avait décidé de ne faire que la première étape et de se sacrifier pour nous rejoindre en voiture tous les soirs, nous permettant de partir plus légers. Après une longue discussion au sujet de l’heure du départ, je profite de mon réveil anticipé pour partir plus tôt que les autres, 10 minutes après Stéphanie, pour la première étape: 25 km horizontaux, D+ 3 200, D- 2 000 m. Malgré le dénivelé élevé, j’étais relativement tranquille grâce à la courte distance, comparativement à mes épreuves récentes.

Le premier tronçon, de 11 km, jusqu'au refuge d'Ortu di u Piobbu, uniquement en montée, accumule déjà la moitié du dénivelé positif du jour, mais est très agréable, avec un sentier serpentant la montagne au milieu de pins et, offrant une vue de plus en plus panoramique de la côte de Calvi. Je rejoins Stéphanie à mi-chemin et nous arrivons au refuge à 9h, en même temps que ceux qui sont partis une demi-heure plus tard de Calenzana.


C'est à partir de là que les choses se compliquent et que nous sommes confrontés à la nature brutale du GR20 qui nous accompagnerait jusqu'au dernier jour. Après avoir laissé derrière nous le sentier forestier, on se retrouve sur une montée de plus en plus escarpée sur un parcours totalement minéral : des pierres à perte de vue, de toutes tailles, stables ou instables, perforant à chaque pas la plante de nos pieds. Simon m’avait dit de m’entraîner à courir sur du caillou, ce qui est assez difficile à trouver près de São Paulo, mais j’étais loin d’imaginer ce que j’allais rencontrer ici. Et, si la montée a été difficile, la première grande descente jusqu'au refuge de Carrozzu n’a été que souffrance, interminable, avec le poids du corps accentuant les sensations désagréables à chaque pas, qui devait être bien calculé pour minimiser la douleur et ne pas risquer une chute. On y arrive à 13h, avec mon stock d’alimentation pour la journée déjà épuisé. J'entre dans la queue de l'épicerie et j'achète une portion généreuse d'un gâteau local, un paquet de biscuits secs à emporter pour manger en chemin, et j'avale (sous le regard incrédule et impatient du reste du groupe) une grande assiette de riz à l'omelette, pas du tout savoureuse, mais nécessaire. En fin de compte, “je suis un Bouchy, pas un Desplanches, j’ai besoin de calories pour faire fonctionner la machine !

2 étapes accomplies, il ne restait plus qu'un tiers... "Juste" passer par une montagne, la monter et descendre de l'autre côté, sur le même terrain cruel. On bénéficie dans la dernière demi-heure d’un tronçon à nouveau de sentier en forêt, mais les douleurs aux genoux et aux pieds ne permettent pas de réellement en profiter. On arrive à notre destination du jour, la station de ski d'Asco, à 17h30, avec 11 heures de mouvement et environ 1 heure de pause. Je suis le dernier, Stéphanie m’attend sur la fin. Non, pas vraiment le dernier, il manque encore Simon, mais ça c’est une toute autre histoire… Enfin, 26 km en 12 heures... Une belle claque pour qui se croyait préparé. Et un grand point d'interrogation quant à la suite du défi, qui ne ferait que s'intensifier.
Jour 2 - 11/juil. - On recalibre

Après la routine de récupération (supplémentation, gel cryo, dîner renforcé et une nuit dans un lit confortable), les pieds entrent dans les chaussures sans trop se plaindre et sont prêts pour le "jour le plus facile" : 2 montagnes à monter et descendre, la première avec 1 500 m de dénivelé, arrivant au point le plus haut de la Corse (Monte Cinto, 2 700 m, offrant une vue à 360 degrés, avec vision de la mer sur les côtes est et ouest), la seconde avec 700 m, terminant les 24 km du jour avec 3 km plus roulants, avec droit à un bain de rivière pour détendre les muscles.

L’étape, plus courte que les autres jours, offre plusieurs possibilités de variantes augmentant la difficulté ou la longueur (cirque de la solitude, sommet du Monte Cinto etc.), mais Silas et moi, calmés par l’effort de la veille et conscients de ce qui vient par la suite, choisissons de nous astreindre au trajet basique.

Le terrain ? Le même "100% minéral" de la veille, avec du gravier instable dans la partie la plus basse, augmentant peu à peu la taille des pierres et arrivant au sommet avec des passages d'escalade.

Je commence la journée beaucoup plus sobrement, avec les leçons apprises la veille, espaçant davantage la supplémentation (étant donné que, en raison du terrain et du rythme plus lent, le cardio est moins sollicité qu'en course), utilisant les bâtons au maximum, évitant les sauts inutiles pour économiser les genoux, et déjà préparé pour une journée entière de "power trekking". On accomplit l'étape avec 8 heures en mouvement, sans trauma, et préparés mentalement et physiquement pour "le jour le plus difficile" qui viendrait ensuite.


Jour 3 - 12/juil. - Pourquoi ?

Après les 2 premiers jours de ~25 km, les 3 jours suivants comptent chacun plus de 40 km, avec un dénivelé similaire. C'est-à-dire qu'ils sont plus difficiles, mais incluent une partie où on peut courir (ce qui n’a pas été vraiment possible les 2 premiers jours, ni en montée, ni en descente), et où il nous faut au moins trotter pour ne pas arriver trop tard le soir, manquer l'heure du dîner et compromettre la récupération pour le jour suivant.

Conscients que nous sommes les plus lents du groupe, je pars avec Silas avant le lever du jour, frontale allumée, à 5h00, 40 minutes avant le reste du groupe. Hormis quelques racines et cailloux un peu traîtres, on parvient à trotter sur les 4 premiers km, par un sentier agréable en sous bois. Viennent ensuite 4 km d'ascension avec 600 m d'élévation, avec un vent qui nous glace les oreilles en même temps que nous admirons le lever du soleil sur l'horizon délimité par les différents plans de montagnes à perte de vue. Ensuite, à nouveau un trot de presque 8 km, jusqu'au premier refuge (Manganu), où nous arrivons à 8h00, heureux de la progression, très différente des jours précédents. Pas encore de nouvelles de “nos poursuivants”.

Mais ici termine le tronçon roulant et végétal du jour et on revient au terrain brutal des jours précédents, avec une ascension forte et longue qui nous amène jusqu'à une vue surprenante de 2 lacs à presque 2 000 m d'altitude. Simon, puis Luc, nous rejoignent en cours de la montée. Du premier sommet, Luc nous montre les différents pics par lesquels nous passerions jusqu'à la fin de la journée : c’est assez flippant... On continue par un tronçon long et difficile sur la crête autour des lacs et enfin une longue descente vers le 2ème refuge du jour, Petra Piana. Avec le déjeuner en vue, j'accélère dans la descente, arrivant fatigué mais heureux de la performance jusque là. Je prends un taboulé,une boîte de thon et un Orangina.



On remplit nos réservoirs avec l'eau tiède qui sort de la seule source disponible et on repart après une demi-heure de pause, peu après l’arrivée du reste du groupe. À nouveau, un long tronçon de crête, où on avance plus lentement que le matin, jusqu'à arriver à une nouvelle descente forte et interminable, avec un choix impossible entre marcher sur les pierres pointues visibles ou sur la végétation rase mais pleine de trous traîtres. Pour éviter une blessure, je choisis les pierres, souffrant à chaque pas aux genoux, à la plante des pieds et surtout aux orteils écrasés contre l'avant des chaussures. Le groupe se reforme à la fin de la descente. Il nous reste encore une montagne à passer, 700 m positifs et 1 200 m négatifs.

Je ne me souviens pas d’avoir jamais fait une montée si lentement... Même le gel Double Expresso que je garde pour les moments les plus difficiles n'a pas d'effet. Avec 250 m d'élévation manquants, je commence à voix haute un compte à rebours pour m’aider à percevoir la progression et la fin de la souffrance. 25, 24, 23... Le soleil tape aussi beaucoup à ce moment, ce qui n’aide pas, quand arrivent les doutes classiques : qu’est-ce que je fais ici ? Pourquoi je me soumets à cela ? Mais il n'y a pas d’alternative, pas d’option d’abandon, il faut terminer le tronçon jusqu'au prochain refuge. Un éventuel choix ne peut être fait que pour le jour suivant, idée qui commence à germer dans ma tête. J'arrive au sommet en dernier, 10 minutes de pause et on commence la descente, qui, après quelques minutes de soulagement par le changement de mouvement, devient un autre calvaire. Simon m’attend pour ne pas me laisser seul.

J'arrive à Vizzavona avec 42 km horizontaux, 2 800 m positifs et 3 000 m négatifs, en 13 heures et demie, achevé.

Jour 4 - 13/juil. - Drapeau blanc

Avec le moral dans les chaussettes à la fin de la journée précédente, une charge d'effort similaire pour le 4ème jour, une prévision de pluie et possibilité d'orage, plus le fait que nous n'aurions pas accès à la voiture d'assistance à la fin de la journée faute d’accès routier au refuge (c'est-à-dire que nous devrions emporter le double d'alimentation, plus des vêtements de rechange et des vêtements chauds pour la nuit), j'ai déjà décidé la veille de faire l’impasse sur cette étape, faire une nuit un peu plus longue et récupérer mes forces pour le dernier jour, qui serait aussi du même calibre. En rétrospective, je ne regrette pas du tout d’avoir pris cette décision, mais, pour être honnête, j’aurais très bien pu physiquement faire l’étape. Je n’étais pas vraiment blessé, c’est ma capacité de tolérance de la douleur qui a guidé ma décision, c’est-a-dire le mental. Certains diront que la douleur n’est qu’une information, mais je ne suis pas encore arrivé à ce niveau de détachement… Ok, je ne pourrai pas dire que "j'ai fait le GR20 en 5 jours", mais, en termes de défi, rien qu'avec ces 3 premiers jours, j'ai déjà surpassé tout ce que j'avais fait jusqu'alors, c’est donc déjà pour moi un défi vaincu. Et la présence de la voiture d'assistance (l'existence de l’option de fuite), a aussi facilité la décision.

Je profite donc d’une nuit complète, d’un petit déjeuner complet, et on part tranquillement à la rencontre des coureurs au col de Verde, où on déjeune rapidement. Maxence, blessé, se joint à nous après le repas. Il nous fallait maintenant rejoindre le refuge d’Usciolu où nous passerions la nuit. On attend que la pluie passe, on confirme que les coureurs ne vont pas faire demi-tour ou raccourcir l’étape à cause de l’orage et, après avoir laissé la voiture au village de Cozzano, on prend un sentier très agréable en grande partie en forêt. Après 6 km horizontaux et 1 km de dénivelé positif à un rythme régénératif (Carolina aurait peut-être un avis contraire), on arrive au col juste au-dessus du refuge, construit sur le flanc de la montagne. Avec les nuages qui se dissipent, la vue est splendide, avec une vallée de chaque côté, plusieurs plans de montagne qui se superposent et la côte maritime au loin.


On dîne la seule option offerte par le refuge, une grosse assiette de pâtes aux carottes avec un bouillon non identifié, et on se couche à 21h, encore avec la lumière du jour, pour se lever tôt pour le dernier, long, jour.

Jour 5 - 14/juil. - Gran finale

Malgré le moindre confort des installations du refuge par rapport aux nuits précédentes, d'avoir mis presque 1 heure à m'endormir, et d'avoir eu l'expérience désagréable de marcher pieds nus au milieu de la nuit sur le sol froid et humide pour aller aux toilettes, je n'ai pas plus mal dormi que les nuits précédentes, et je commence le dernier jour de la traversée (qui serait aussi long que les précédents) sans craintes ni doutes. On part tous à 6h00 précises, comme prévu.

On commence par un morceau de crête, toujours très technique (-> progression lente), mais l'absence de fatigue et l'effet du soleil levant entre les pierres rendent l'exercice agréable. On continue avec 5 km de jogging en légère descente, pour ensuite attaquer le mont Incudine (2 100 m d'altitude), une montée longue, mais pas si technique, avec une belle vue panoramique à l’arrivée.

La descente suivante, jusqu'au refuge d'Asinau, avec une pente bien plus prononcée et un terrain totalement minéral, réveille les douleurs aux pieds des jours précédents et n’est pas plaisante du tout. Mais ce n’est qu’une de plus comme on en a vaincu plusieurs les jours précédents, il suffisait de prendre mon mal en patience que j’en viendrais à bout, même en allant plus lentement. Un arrêt rapide au refuge pour un soda et un paquet de chips sous le regard critique de Simon ("Tu ne vas pas acheter de la nourriture et t'asseoir à table, hein ? Il faut repartir !") et on continue encore 3 km de descente douce jusqu'à l’attaque des Aiguilles de Bavella (une construction naturelle impressionnante, à laquelle les photos que nous avons prises ne font pas justice) par la "variante alpine". À nouveau une descente très technique, mais avec la promesse d'un panini et d'une pause un peu plus grande au col de Bavella, où on arrive peu avant 14h. Les paninis tardent plus que prévu et la pause devient plus longue…



24 km derrière nous, il en reste 17, avec moins de difficulté technique, sur un terrain en moyenne en descente et où on peut trotter sur plusieurs tronçons. Vinícius se joint à nous, et le rythme finit par être dicté par lui qui, bien qu’il n’ait pas notre fatigue accumulée, n'a pas la même préparation pour ce type d'exercice. Sa compagnie agrémente ce dernier tronçon, qui pourrait paraître interminable. À 19h00 précises, 13 heures après être partis d'Usciolu, on arrive à la fin du GR20 à Conca. Sensations d’accomplissement, soulagement, bien-être, fatigue, partage…

Total du jour : 42 km, D+ 2 300 m, D- 3 700 m
Total des 5 jours : 141 km, D+/D- 11 km


Luc

Revenir sur le GR20 pour la 10ième fois depuis 2001, c’est toujours un bonheur. Cette fois ce sera un GR20 en 5 jours avec mes deux fistons Cédric et Maxime, ma belle-fille Valentine, son frère Maxence, mes cousins Vincent et Simon, Stéphanie, Silas, Fred, Eric et Carolina. Certains ne feront qu’une partie du parcours, profitant de la voiture suiveuse, mais à la fin, ce seront 6 finishers sur 9 prétendants à Conca. Le parcours est toujours aussi sélectif, toujours aussi beau, c’est pour cela qu’on y revient. Nous sommes nombreux cette fois-ci mais tout le monde est informé de la difficulté du projet. C’est donc avec les cartes en main que dès le premier jour, des petits groupes se forment en fonction des heures de départ.

Dès le premier refuge, tout le monde se retrouvera et nous progresserons groupés jusqu’au Carozzu pour éviter Simon ( il vous racontera… ). Tout le monde arrivera à Asco, ceux qui ne connaissaient pas le GR commencent à aimer les cailloux. Le deuxième jour, 2 groupes se constituent pour 2 parcours différents : Simon, Maxime et moi ferons le cirque de la solitude. Tous les autres feront la nouvelle étape depuis 2015 avec le Cinto pour certains.

Le cirque n’est officiellement plus marqué mais on voit encore les marques. Par contre, plus de chaînes ni d’équipements, il faut rester vigilant mais ça passe bien.

Le ravitaillement à la bergerie de Ballone fait du bien.

Avec Cédric, on file au trou de la bombe, enfin surtout Cédric qui ira chercher une géocache bien velue. Un deuxième jour qui passe bien pour tout le monde mais plane l’ombre du fameux troisième jour et ses 12/13h de crapahut.
La peur de ce troisième jour fait que certains partent à 5 h du matin pour se laisser du temps. Nous les reverrons qu’à la brèche de Capitello ! Ils sont rapides.


Lorsque je montre au groupe la suite du programme depuis la brèche, j’entends des kilos de moral tomber dans les chaussettes ! Finalement, elle passera bien cette suite du programme et on arrive au col de Vizzavone en fin d’après-midi en ayant le temps de se poser avant le repas du soir.
Le lendemain, c’est mauvais temps, pluie, salamandres et gros vent sur les crêtes entre Prati et Usciulu. On a tenté et c’est passé mais on a presque rien vu pendant 4 h. A Prati, le refuge était plein et on ne pouvait pas y rester, il fallait soit continuer soit redescendre sur Verde. Le ciel était bien menaçant mais pas d’orage donc BANZAÏ sur Usciulu.



On rejoint Vincent et Maxence à Usciulu qui ont fait l’impasse sur une partie ou la totalité de l’étape. Nous occupons 11 places sur 14 dans le refuge ! Pour le dernier jour, nous retrouvons le beau temps et à 6h, tout le groupe part. Nous partons sur l’ancien tracé bien plus joli. Personne jusqu’à l’Incudine, parfait.


Asinau et son ravito puis c’est la variante alpine, Bavella et ses paninis.
La looongue descente sur Conca se fera sous le regard du cochon.

Puis c’est l’arrivée, les douleurs s’oublient, tout le monde est là. C’était finalement mon 9ième GR20 complet plus la tentative en non-stop de 2012 avortée à Vizzavone. Et bien j’aime toujours !

Simon

Préparation

Trop content de faire le GR20 pour la 3ème fois (2ème fois en 5 jours) ! J’adore la Corse : ce parcours, les rivières (fango,…), les plages et l’eau turquoise de la Corse !!! Le +, c’est que c’est avec la famille. Je vais revoir mes 2 frères et leurs familles (Brésil et Québec), vivre l’expérience avec mon fils et accompagner Stéphanie qui s’est entrainée pour faire la 1ère étape (c’est ma MISSION et on en reparle dans peu de temps...). 2 petits bémols avant le départ :
- Déçu que ma fille Soléa ne soit pas là : mission humanitaire au Togo ;
- Une blessure fin mars (entorse/compression cheville et genou droit), qui traine et qui m’a presque empêchée de courir jusqu’à mi-juin. Au moment du départ, j’ai du « tape » à la cheville, je sens que cheville et genou restent fragiles, et je n’ai quasiment rien en dénivelé et kilométrage en CAP depuis 3 mois 1/2.
JOUR 1 : Mission(s)

Stéphanie est partie vers 5h15 et à 6h je pars en voiture avec Carolina. J’évite quelques vaches au milieu de la route et on arrive à Asco un peu après 7h30 (point d’arrivée du jour pour le groupe).
Départ de ma MISSION à 7h40 : je dois rejoindre Stéphanie entre les 2 refuges du jour (Ortu di u Piobu et Carruzzo) et l’accompagner sur le reste de l’étape. Je pars bon rythme sans suivre le tracé blanc et rouge à la lettre sur les 600m de D+ jusqu’à Bocca di Stagnu. En haut je me rends compte que j’ai fait tomber mon portable !
2ème mission (prioritaire) : retrouver mon téléphone. Il peut être n’importe où (sur le tracé GR ou pas). Je redescends en regardant bien par terre et je demande aux randonneurs que je croise de faire sonner mon téléphone. Presque 1 heure plus tard et avec quelques amis en plus qui ont mon numéro, mon téléphone retentit (hors GR) à 10 mètres de moi ! Ouf !!! Ma mission initiale peut reprendre. 10h30 à Carrozzu,, je mets un message au groupe pour qu’il sache où j’en suis et j’attaque la montée en me disant que j’allais sûrement croiser les plus rapides.
Donc, je fais TRES attention à bien suivre les marques rouges et blanches. J’arrive en haut (Bocca di l’Innominata) sans avoir croisé personne du groupe. Je suis un peu surpris mais je continue sur cette partie où on alterne d’un côté et de l’autre de la paroi rocheuse en ne quittant jamais, oh non jamais, le marquage GR. Je finis par me poser un peu et je me dis de plus en plus : « C’est bizarre que Stéphanie ne soit pas passée, mais pas normal du tout de n’avoir vu personne ! Ils sont 10 quand même ! ». J’envoie des messages sur le groupe Whats’App : pas de réponse. Donc, je repars espérant les trouver rapidement. Je m’arrête en haut de Bocca di Pisciaghja, toujours personne : je n’y comprends plus rien et aucun message de qui que ce soit… 14h, je décide de faire demi-tour et de rentrer. « Mais comment j’ai pu rater 10 personnes qui suivent aussi le GR20 à la trace !?!?!? ». Je repense que Vincent avait mis sa localisation en direct. Mais pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt ! (Sûrement parce que j’ai découvert cette fonction la veille). Bon sang, mais ils sont juste en dessous de là où j’attendais juste avant ! Ils sont vraiment en retard. Mince alors, j’y retourne vite en suivant leur progression en direct. Progression… Qui n’évolue pas… Je regarde un peu mieux mon tel et lis en petit « Dernière mise à jour à 11h21 »… J’avais bien dit que je venais de découvrir cette fonction. Il est 14h20. J’ai 3 heures de retard sur eux !!! L’info est dure à avaler, mais il faut repartir. Je carbure. J’ai en boucle dans la tête :
« Mais comment j’ai pu rater 10 personnes qui suivent aussi le GR20 à la trace !?!?!?
Est-ce qu’ils se demandent où je suis ?!
Put… 3h de retard !!! ».
15h45 : Retour à Carrozzu. 5h15 que j’en étais reparti avec juste un litre et j’ai soif !!! Je prends un coca avant de repartir et ZZZZ ZZZZ. Un message de Stéphanie ! « On s’est raté. Reparti de Carruzzo à 13h45 ».
Plus que (ou encore) 2h de retard.
« Mais comment j’ai pu rater …… »

Je repars fort dans la montée vers Bocca di Stagnu. Je coupe droit et raide quand il y a des virages… Et sur les 100 derniers mètres, je piétine en faisant des lacets derrière des gros sacs à dos parce que je n’avance plus, plus d’essence… Descente à balle pour arriver à 18h15 à Asco où Stéphanie m’attendait et où tout le monde se posait la même question : « Mais comment on a pu se rater ??? » Ou plutôt de leur part « Mais qu’est-ce que tu as fait Simon pour nous rater ? Par où t’es passé ? » Ben, par le GR20 !!! Improbable : ils se sont regroupés entre Bocca di Pisciaghja et Bocca di l’Innominata pour ne pas rater le chemin (ou pour m’éviter !?!?!?), et ils ont pris du mauvais côté de la paroi durant 5 minutes maximum. Et c’est dans ce court laps de temps que je passais de l’autre côté en ne lâchant pas le balisage, Moi !!! Au final :
- MISSION du jour échouée !!! Mais Stéphanie n’a pas eu besoin de moi…
- GR20 étape 1, en solo plutôt qu’en famille.
- Presque 24km et plus de 3000m D+ et D-
- Mais 2 desserts parce que le serveur à l’humour particulier ne sait pas compter…

JOUR 2 : Découverte du cirque de la Solitude

Ce matin, les jambes vont bien malgré ma bonne journée d’hier. Après un petit déj royal, Luc me fait découvrir le cirque de la solitude. Trop content. On part à 4 avec Maxime et Stéphanie qui fait juste la 1ère heure avec nous.

Entrée dans le cirque de la solitude : Il y a des panneaux qui disent que ce n’est pas l’idée du siècle de passer par là !

On s’y engage tranquillement et on tâtonne un peu au début pour trouver la trace qui n’est plus marquée clairement. Les pentes sont abruptes. Ce n’est pas le lieu pour faire un faux pas !
L’ambiance est particulière. On est seuls, pas de végétation, que du minéral et entourés de blocs rocheux immenses. On se sent vraiment tout petit ici. Arrivés en bas, on retrouve quelques traces et la remontée se fait tranquillement en savourant ce lieu unique.


Descente sur le refuge de Tighjettu en courant avec Luc, puis on remonte de 200m D+ en direction du Cinto pour récupérer Vincent et Silas qui en descendent. On retrouve Maxime aux bergeries d’U Vallone pour une pause ravitaillement.
Je repars avec Vincent, on trotte bien jusqu’au pied de la montée qui se fait tranquillement. Un peu avant le sommet (Bocca di Fuciale), on récupère Maxime et Silas. On descend directement vers les belles et apaisantes vasques d’eau. On récupère Stéphanie et Carolina et on profite d’une vasque qui invite à la baignade. L’eau est TRES froide, mais ça fait du bien ! Le reste de la troupe arrive progressivement.

La fin se fait facilement en trottinant avec le sprint final sur la route, lancé par Silas et Carolina !
Repas du soir : C’est viande ou poulet ? Bizarre comme question ! Et c’est quoi ce poulet ?! De la poule sûrement parce que c’est énorme et super sec !
JOUR 3 : Très longue, mais très belle journée

Départ à 5h40, 40 minutes après Vincent et Silas.

Le début est roulant et agréable. Le passage au lac de Nino est toujours aussi sympa et je me retrouve à traverser des pozzines en faisant quelques bonds pour éviter les trous.

Au refuge de Manganu je repars un peu devant et je récupère les 2 matinaux du jour dans la montée vers la brèche de Capitellu. Luc nous rejoint en haut. Le spectacle est toujours aussi magnifique ! Un de mes points de vue préférés du GR20.

Vincent et Silas sont en pleine forme et on avance très bien jusqu’au refuge de Petra Piana. Pause ravitaillement et on repart à 3 sans Luc qui attend les autres. On passe par les crêtes. Ce n’est clairement pas mon passage favori : ça avance doucement et il n’y a pas de paysage particulier.

« Plus qu’à descendre avant la longue montée jusqu’à Punta Muratellu », c’est vite dit. C’est interminable et peu pratique pour courir. Une fois en bas, le reste du groupe déboule et finit de récupérer les 20 minutes d’avance qu’on avait.
La montée jusqu’à la Punta Muratellu est longue et parfois raide. Je fatigue un peu et je monte tranquillement non loin de Silas et Vincent. L’arrivée au sommet fait du bien, surtout que Stéphanie et Maxime sont là pour nous accueillir. Belle saleté cette montée !
Après avoir coupé un petit bout au début de 1000m de D-, je reste avec Vincent à l’arrière. Cette descente longe de magnifiques vasques, mais elle est vraiment interminable et le timing ne nous permet pas de faire trempette.
L’hôtel/Gîte : Repas au top ! Hébergement (propreté douche et literie) cata !
Gestion des petit-dèj, et du règlement : un univers parallèle ! La notion d’espace/temps n’est plus la même. La matrice temporelle se distend et 15 minutes se transforment en 1h30… Au passage Valentine se retrouve avec pleins de tubes à essai dans les bras. Merci Fred !
JOUR 4 : On avance ou pas ???

La météo n’est pas bonne. Des orages sont prévus, plutôt sur le milieu de journée.
On part sous un peu de pluie et on décide de chuinter le refuge d’E Capannelle pour éviter un peu d’altitude. C’est une portion où on peut courir à plusieurs endroits, alors on profite.

Mais c’est aussi une alternance de : je mets ma veste de pluie, je l’enlève, je la remets, je l’ouvre, je ferme, je l’enlève, je la remets juste sur la tête parce que ça commence à être chia… à la fin. Et je la remets entièrement parce que ça tombe vraiment bien maintenant !
Arrivée sous le soleil à Verde avec Stéphanie, Carolina et Vincent qui sont venus à notre rencontre. Cooooool. Timing parfait pour l’entrecôte/frite.

Un régal ! Ce soleil fait du bien et le plat requinque. Petit changement de pansements pour 2 ampoules aux pieds qui me titillent depuis la veille. C’est nouveau pour moi. Certainement dû au manque d’entrainement…
Et c’est reparti… La pluie revient au bout de 10 mètres. On enfile la veste en avançant (ça va on maitrise l’exercice maintenant !) et au bout de 100 mètres, on est tous arrêtés pour s’abriter sous des arbres… Génial ! On repart finalement, régulièrement abrités jusqu’au refuge de Prati.
Au refuge, réunion au sommet avec pour ordre du jour : que fait-on ? On tente Usciulu ou pas ? Que 2 places au refuge pour la nuit. Nous sommes 7 (le genou de Maxence lui a dit stop à Verde). Donc si on ne part pas, au moins 5 doivent redescendre à Verde. Pas cool… Et après ? On fait une journée de 18h le lendemain ? On passe en 6 jours ? Plein de possibilités qui ne font rêver personne…
Je joins Stéphanie qui est dans la voiture sous des trombes d’eau. Elle devait nous rejoindre à Usciulu avec Carolina, Maxence et Vincent. C’est l’incertitude complète pour tout le monde. Finalement, les 7 valident le fait de repartir.
La météo tient bon, les rochers ne sont pas glissants, certainement parce qu’il y a beaucoup de vent ! Le parcours est exigeant, mais le groupe avance bien.

C’est sous un ciel dégagé que tout le monde se retrouve finalement au refuge.
JOUR 5 : Découverte de la variante (fermée) de l'Incudine

Départ vers 6h.
Le temps est à nouveau beau. Le passage sur les crêtes est toujours délicat et il faut bien suivre les marques parce qu’on a vite fait de s’engager où il ne faut pas (Fred et Silas seront d’accord).

Nous arrivons ensuite à la bifurcation où un panneau indique la direction de l’Incudine de façon très claire : Variante fermée. OK. C’est top. On y va ! Heureusement que Luc maitrise le trajet, parce c’est un peu paumatoire !
Je découvre cette partie et c’est très sympa. Elle donne la possibilité de courir à nouveau sur des chemins tranquilles (forcément c’est fermé !) et j’apprécie vraiment ce petit footing matinal en famille dans cette grande plaine descendante à peine vallonnée ! C’est le début de la journée, tout le monde va bien et ce soir, on aura bouclé les 5 jours !
Après une jolie passerelle suspendue au-dessus d’un ruisseau, c’est parti pour la montée vers l’Incudine. Plus de 700m D+ à monter. Je fais encore une bonne partie du chemin avec Silas et Vincent qui vont souvent à la même allure, ce qui me permet de profiter d’eux en même temps.
L’Incudine est un sommet lunaire avec ses rochers ronds de tailles très variées et qui offre une vue à 360°. On voit très bien les aiguilles de Bavella où nous allons ensuite passer. C’est un endroit que j’aime beaucoup.

Descente, refuge d’Asinau, puis c’est la montée vers les aiguilles. C’est raide, mais pas trop long. On retrouve Eric en haut. C’est sympa !
Se succèdent ensuite des passages d’escalade et de désescalade, où il faut parfois trouver d’autres voies pour contourner des groupes de « touristes » agrippés aux chaines et ne pas faire la queue. Il y a quelques passages techniques et aériens où je me fais plaisir. J’aime beaucoup ce lieu (seul bémol : trop de gens peu, voir pas habitués à ce genre de terrain).

Une fois à Bavella, pause Panini/frites qu’on pense assez rapide. C’est tellement long que je retourne voir ce qui se passe et j’aperçois le cuistot qui semble complètement perdu et je le surprends à se prendre la tête entre les mains et se dire à voix haute « Concentre-toi ! Concentre-toi ! Concentre-toi ! ». Ben oui, va falloir là. Parce qu’on n’a pas la journée. On veut juste 6 paninis et 3 frites !...
On repart finalement 1 heure plus tard… Avec Vinicius qui va finir avec nous. C’est top ça aussi ! On repart à un bon rythme et on arrive assez vite à I Paliri, dernier refuge avant Conca. Mince alors, pas de Stéphanie. Je repars derrière, avec Vincent et Vinicius. Cette portion jusqu’à la « porte » avant de redescendre sur Conca est toujours longue. Je fais plusieurs aller-retours entre Vini et Vincent, et le groupe de devant avec Cédric, Valentine, Silas et Stéphanie (c’est bon, on l’a bien récupérée).
Juste avant la porte, je laisse les Brésiliens, rattrape les 2 filles et descends en mode rapide pour me faire un dernier plaisir sur ce GR20.
En bas, chaque nouvelle arrivée est félicitée par tous. La famille de Fred est là aussi avec une glacière pleine de boissons ! Cooool.
Conclusion

- Une grande réussite ce GR20 en famille et amis.
- Quelques petites torsions des cheville et genou droit, mais ça a tenu bon.
- Quelques ampoules et frottement dont je n’avais pas l’habitude.
- Jambes un peu lourdes 1 soir ou 2, mais sinon nickel musculairement.
- La voiture balai a permis d’être plus confort en affaires et surtout de rester ensemble, même pour les malades, blessés, fatigués, … Merci Steph et Carolina !
- Que du bonheur !!!
- Y a plus qu’à définir le prochain itinéraire en famille !

Silas

Préparation

Lorsque le projet de faire le GR20 en famille est proposé, je n’étais pas sûr d’en être capable car même si j’ai toujours fait de la course à pied et du trail, c’était surtout des distances courtes et peu montagneuses depuis quelques années.
Mais j’ai été bien motivé et mon cadeau de Noël étant les vacances en Corse et tout le matériel nécessaire (nouveau Camel, bâtons, frontale…) je n’avais plus le choix ;)

Je m’étais inscrit pour un marathon mi-avril donc ça a été mon objectif d’entrainement du début d’année et j’ai ensuite fait des sorties plus longues en trail tous les weekends de mai et juin. Début juillet, j’avais accumulé pas mal de kilomètres et de dénivelé mais sur des sorties de 4-6h max et sans enchainement. En regardant de nouveau les données des 5 jours, j’ai commencé à avoir un peu peur de ce qui m’attendait…
Jour 1 / 10 juillet

Je savais que le terrain était technique et qu’une bonne partie du groupe était habituée et donc plus rapide, je pars donc avec le premier départ « officiel » à 6h avec Maxence, Valentine et Cédric.

La première partie à flanc de montagne permet de monter petit à petit au-dessus de Calenzana, le rythme est un peu plus élevé que celui que j’aurais pris (ce qui m’inquiète un peu pour la suite) mais nous sommes pourchassés par le deuxième groupe. Ils nous rejoignent peu avant d’arriver au premier col qui offre une belle vue sur Calvi et la mer et nous permet de passer au soleil, de l’autre côté de la première montagne.
Le premier refuge d'Ortu di u Piobbu est atteint à 9h en même temps que Stéphanie et Vincent (partis plus tôt) après 11km de montée, une petite pause sandwich au milieu des vaches, on fait le plein d’eau et c’est parti pour la deuxième étape de la journée. Après s’être éloignés de la côte, les arbres se raréfient pour laisser place à des rochers plus ou moins gros qui servent de chemin et ralentissent la progression. La descente jusqu’au refuge de Carozzu (qui ne fait que reculer à chaque fois qu’on l’aperçoit au loin) en est la preuve : impossible de courir. Sur cette partie, je reste avec Vincent et Stéphanie en laissant partir le gros du groupe qui va plus vite, et on commence aussi à se demander où est passé Simon que l’on pensait rejoindre avant d’atteindre le refuge. Petite pause au refuge pour déguster le fameux gâteau à la châtaigne et on repart pour la dernière étape, une montée et une descente. Dans la descente, ayant hâte d’arriver, je cours un peu dans les rochers et sur le petit sentier final qui mène à Haut-Asco (meilleures 10 minutes de la journée ;))

Bilan de la première journée : parcours très technique alors même que mes parents m’avaient prévenu, malgré la longueur de la journée je ne suis pas crevé et je n’ai pas de douleur donc je suis un peu rassuré, mais reste à voir comment le corps tient sur l’enchainement.
Jour 2 / 11 juillet

Après une bonne nuit malgré un réveil à cause des booster qui serrent trop, petit déjeuner buffet (avec modération) et départ avec le premier groupe direction le monte Cinto. Une grosse montée de 1500m de D+ non-stop dans les pierriers pour arriver au col le plus haut de Corse et admirer la vue à 360º. On voit toujours Calvi au loin, mais aussi et surtout la mer sur la côte opposée (est).

Nous faisons une pause avec Vincent le temps de retrouver nos esprits pendant qu’une partie du groupe se hisse au sommet du Monte Cinto (nous avons préféré nous économiser sachant les jours à venir). La descente vers le refuge de Tighjettu est faite de gravier sur le haut et de plaque de roche sur le bas, deux terrains où il faut faire attention où on met les pieds. Luc et Simon qui ont opté pour une variante pour la première étape de la journée, nous rejoignent sur la fin et nous nous arrêtons manger nos sandwichs aux bergeries d’U Ballone. Je repars avec Maxime sur la deuxième montée de la journée et la difficulté se fait vite ressentir, malgré le rythme constant la progression est difficile, surtout sur la fin où la pente s’accentue.

Je reprends un peu d’énergie dans la descente (la montée n’est vraiment pas mon fort) et quelques zones sont plus roulantes avant d’arriver aux vasques d’eau bien fraiches où nous attendent Stéphanie et Carolina. Nous profitons de cette étape « courte » pour prendre le temps de nous baigner et nous sommes rejoint rapidement par tout le groupe. Je repars un peu avant les autres avec Carolina pour finir au sprint sur la route de l’hôtel de Vergio.
Jour 3 / 12 juillet

Sachant avec Vincent que nous sommes les plus lents et au vu de la journée qui nous attend (la plus difficile des 5), nous partons avec les frontales à 5h. La première partie en sous-bois légèrement descendante est très roulante malgré l’obscurité et la première montée nous permet de profiter du lever de soleil. Les passages venteux sur les crètes me font regretter de ne pas avoir l’attirail gants/col/bonnet mais les manchettes sont bien appréciées. Après un dernier col nous arrivons dans une plaine parsemée de ruisseaux au bord du lac Nino, on dirait les steppes Argentines où les lamas auraient été remplacés par des vaches.

Nous faisons le détour contraints et forcés par les indications des intersections, par les bergeries et arrivons à 8h au premier refuge de la journée (Manganu). Petite confiture du refuge (je fais l’impasse sur le pain de la veille contrairement a quelques randonneurs présents) et banane du sac puis c’est reparti, cette fois pour un terrain bien moins roulant et raide jusqu’à la brèche de Capitellu. Ayant été rejoints par Simon et Luc dans la montée, nous avons droit à la démoralisante phrase « Tu vois les 4 pans de montagnes qui se suivent jusqu’à l’horizon là-bas ? Et bah on dort après le dernier ! ».

En profitant de la vue sur les deux lacs, on longe les crêtes avant de plonger vers le refuge de Petra Piana où nous faisons la pause repas.
Là les choses se corsent pour le moral avec une succession de crêtes qui paraissent ne jamais finir, puis la descente dans un terrain compliqué entre zones d’herbes parsemées de trous et zones de cailloux tranchants. Une fois en bas, les jambes sont bien fatiguées d’avoir été dans le contrôle pour ne pas faire un faux-pas, et il faut alors se lancer dans la dernière grande montée à Punta Muratellu. Les 700m passent très lentement, le reste du groupe nous dépasse et malgré les encouragements de Simon, je regrette de ne pas avoir de musique pour m’accompagner. La voix de Stéphanie me permet de savoir que le sommet est presque là et me redonne le sourire sur les derniers mètres de montée. La descente restante jusqu’à Vizzavona est encore très longue, mais coincé entre Fred et Steph je vide la tête et j’avance en profitant un peu du paysage moins rocheux.
Jour 4 / 13 juillet

Dès le départ, la pluie est annoncée, et effectivement elle ne tarde pas : il faut sortir les vestes. La chaleur oblige à alterner entre mettre la veste et l’enlever surtout que la pluie va et vient, ma veste ancienne ne résiste pas et la partie imperméable me reste littéralement dans les mains, tant pis, je serai mouillé. Le terrain est assez roulant et dans une forêt très sympathique qui nous couvre un peu de la pluie et qui laissera ensuite place au soleil un peu avant d’atteindre Verde. Milieu de journée, pile à temps pour l’entrecôte/frites et surtout juste avant que la pluie ne reprenne au moment de repartir. Petite pause stratégique sous les arbres pour laisser passer le gros de l’averse puis on repart, et on sera globalement épargnés sur les portions non abritées du trajet jusqu’au refuge de Prati. La météo est incertaine et le passage par les crêtes à venir est risqué, mais le refuge n’a pas la place de nous accueillir et si l’on veut finir en 5 jours il nous faut donc continuer. Finalement pas de pluie sur cette partie mais un brouillard épais et beaucoup de vent qui rendent l’ascension difficile et un peu hors du temps.

Peu avant d’atteindre le refuge, le ciel se dégage complétement et permet de courir dans la dernière descente pour enfin arriver et rejoindre Vincent, Stéphanie et Carolina qui sont montés depuis Carruzo en évitant la pluie eux aussi.
Jour 5 / 14 juillet

Départ groupé à 6h, les frottements aux pieds sentis la veille plus les chaussures encore humides ne sont pas très agréables dès le début mais sont effacés temporairement par le soleil levant et la vue depuis les crêtes sur le refuge en contrebas.

Après une partie roulante nous partons sur la variante « fermée » de l’Incudine, guidés par Luc, où l’on peut encore courir sur de nombreuses portions. La montée passe bien, en discutant avec Vincent et Simon on arrive au sommet avec encore une belle vue et des roches sphériques de toutes tailles disposées aléatoirement aux alentours. Après la descente au refuge d’Asinau ou les jambes tapent un peu, on remonte jusqu’aux aiguilles de Bavella en passant par la variante alpine qui permet de s’approcher des aiguilles et d’apprécier la vue.

La descente est technique et il y a beaucoup de monde sur le chemin, des « touristes » attirés par les aiguilles, donc partie un peu moins sympa et plutôt fatigante. Heureusement on arrive au col de Bavella pour profiter d’un panini et de frites, la pause dure plus longtemps que prévu ce qui permet à Vinicius de nous rejoindre pour la dernière partie. Sachant qu’il reste encore 17km, je me force à avancer rapidement sur la première partie assez roulante jusqu’au refuge de I Paliri sans attendre Vincent, Vinicius et Simon. Un peu plus loin, je rejoins Stéphanie venue à notre rencontre et reste avec Cédric et Valentine. Dans la descente je commence à avoir très mal aux cervicales (certainement à cause de la fixation de mon sac qui a cassé ce matin et qui une fois rafistolée le maintient moins bien), à chaque pas contenu pour avoir moins mal aux jambes, je souffre de la nuque. Dès que le terrain le permet je déroule un peu les jambes pour éviter les chocs arrêtés et prends un peu d’avance sur le groupe.
Dans les interminables rentrants je rattrape ainsi deux jeunes rencontrés la veille qui font aussi le GR20 en cinq jours, et nous finissons par nous exclamer de joie en voyant ENFIN la « Porte » de fin !

Ne reste plus que la descente jusqu’à la route de Conca où on lâche tout pour rejoindre le groupe et fêter l’arrivée de tout le monde au bout de ce périple.
Conclusion

C’était un défi de taille que je n’avais jamais tenté et que j’ai réussi sans grosse douleur ni blessure donc c’est une grande réussite pour moi. En plus pouvoir le partager en famille (sur le parcours et/ou les soirs) c’était vraiment super. Après quelques jours à profiter des plages Corses, je suis prêt pour le prochain projet ! ;)

Stéphanie

Le GR20 en mode rando course : une première pour moi et une grosse pression vu le niveau du reste du groupe. Je me considère plus comme une randonneuse qu’une traileuse… Quand Luc propose le projet, cela m’intéresse tout de suite et le concept de le faire en famille rajoute de la motivation. Cependant, je me dis et Simon le confirme : « va falloir faire du volume et plus s’entrainer… ». Je commence donc rapidement un entrainement spécifique fait par coach Simon avec des cycles de 3 semaines. Je prévois une course en mai en me disant que si je la passe, ça devrait être ok. Je m’engage donc rapidement à faire au moins l’étape 1 du GR20 en 5 jours en fonction des conducteurs potentiels. Une bonne entorse en mars vient un peu bousculer l’entrainement et raviver les doutes… mais la course se passe bien donc on continue l’entrainement pour la suite.
Jour 1 : J’avais décidé de partir un peu avant pour éviter que tout le monde ne m’attende trop. De plus, je suis réveillée depuis 3h du mat, j’en ai un peu assez d’attendre donc 5h12 go go go ! Comme convenu, je mets un message à Vincent pour lui dire que je pars.
Il fait encore sombre lorsque je démarre le sentier seule et je commence tranquillement la montée avec la petite voix de Simon qui me dit : « une gorgée toute les 15/20 minutes et une barre heure ». Vincent me rejoint au bout d’1h30 et le reste de la troupe à la source du premier refuge. Sauf Simon, il a pris la voiture pour me permettre de faire cette étape et doit me rejoindre en route… Merciiiiiiii !!!!!!!
Sur cette deuxième partie, nouvelle pour moi (lors de mon 1er le GR20 nous étions passés par Bonifato), le terrain devient plus escarpé et les cailloux commencent, mais ça va…

Cette portion est bien plus sympa, ludique et technique que l’autre côté même si je me fais un peu attendre parfois. Tous sont très bienveillants avec moi et on s’attend régulièrement.


Je pensais que Simon me rejoindrait au pire dans la descente entre Ortu et Carrozzu, mais pas de Simon en vue. Une fois à Carrozzu, petite pause pour tous, toujours pas de Simon.
Sans trop montrer d’inquiétudes, je demande un peu aux autres leur avis. On trouve cela bizarre, car pas de message et impossible de l’appeler (pas de réseau). Il a dû avoir un couac après le départ ou un imprévu… On repart donc du refuge après l’impressionnant ravito de Vincent. Je suis avec lui et Silas et nous commençons à faire des hypothèses sur « où est Simon ? ».
Un peu après le passage de la passerelle, vers une plaque équipée, mon téléphone bipe. Je me fige, je ne bouge plus pour ne pas perdre le réseau et là je découvre les messages de Simon et comprend que l’on s’est croisé sans se voir… et qu’il est très loin derrière nous. Je suis rassurée mais triste pour lui car je me rends compte qu’aussi bien il ne nous rattrapera pas… La dernière portion se passe bien, une petite pause au col avant de basculer sur Asco. Puis je dis à Silas qui était depuis un moment avec moi, de filer pour ne pas se fatiguer à m’attendre pour la suite de son périple. Un peu moins de 12h pour moi pour cette étape, je suis très contente. Avec le recul, je pense que sur certaines portions j’aurai pu être un peu moins sur la gestion… sans doute le manque d’expérience… Je file à la douche au refuge et reviens chercher Simon à la fin du sentier. Il arrive et sur son visage je lis de la fatigue, de la déception et un peu d’incompréhension … puis il me dit « Journée de merde !!! Je ne comprends pas, j’ai suivi les marques tout le temps, faudra m’expliquer ! » Un petit bisou, une bonne douche, un bon repas avec deux desserts et tout ira mieux demain….

J2 : A partir du deuxième jour, je vais alterner les parties sur le GR le matin pour faire un petit morceau avec eux, les trajets voitures pour les points de passages ou points d’arrivées et partir à leur rencontre sur la fin de l’étape. Ce matin, je pars avec Maxime, Luc et Simon en direction du Cirque de la Solitude.
Au bout d’une grosse heure de marche, je fais demi-tour avec un retour par les pistes (un peu « paumatoire » pour reprendre une expression de Luc). Je suis un peu déçue de ne pas avoir atteint le début du cirque mais pas le choix, j’avais négocié le check-out et c’était 10h max. De retour à l’hôtel une douche rapide, je remets un peu d’ordre dans le coffre et ensuite, avec Carolina, nous filons sur Vergio. C’est vraiment très agréable d’avoir Carolina avec moi, même si j’ai l’habitude de faire les suivis seule. Après avoir mangé un bout, nous partons en direction des vasques et de nos coureurs. Je laisse Carolina au point de baignade et je remonte sur le GR20 jusqu’à trouver les premiers au niveau de la deuxième passerelle. Puis je redescends avec certains pour uniquement un petit trempage de pieds car elle est vraiment trop froide pour moi. Ensuite, je repars avec Vincent en courant une bonne partie du chemin jusqu’à l’hôtel.

J3 : Ce matin c’est départ pour Vizzavona avec Maxime et Carolina dans la voiture. En chemin, nous prenons deux randonneurs en auto-stop dont je vais essayer de me « débarrasser » en faisant un arrêt ravitaillement, car l’un d’eux nous tousse dessus en quasi non-stop. Pas très à l’aise de les laisser et surtout de leurs passer devant une fois les courses faites, même si Maxime me dis « Tu t’en fous tu les reverras jamais… ». Une fois au refuge, Maxime et moi partons à la rencontre du groupe, en direction de la Punta Muratellu. Une fois au sommet après 1000 m de d+, nous nous posons pour essayer de les voir. Maxime me remontre la longue crète, le refuge de l’Onda et celui de Tighettu que l’on devine au loin et il m’explique qu’il n’a pas forcément gardé un très bon souvenir de cette partie qui est très longue et « casse pattes ». Peu de temps après Luc arrive, suivi de Fred et nous attendons les autres. Je félicite les différentes arrivées et j’essaie d’encourager Silas qui est un peu derrière. Une fois tout le monde au sommet, nous redescendons tous ensemble. Le repas du soir est très bon et copieux.

J4 : Ce matin, je me lève en même temps qu’eux et pour qu’ils ne perdent pas de temps, je propose de ranger tout le petit-déjeuner avant de me rendre avec Carolina et Vincent au gargantuesque petit déjeuner. Le premier point de rendez-vous aujourd’hui c’est le Col de Verde. Le temps n’est pas super mais nous espérons tous que cela ne s’aggrave pas. Une fois au col, Carolina et moi, nous partons dans leur direction. Ils arrivent assez rapidement et foncent au restaurant pour commander la fameuse entrecôte/frites.

Nous venons à peine de repartir avec Maxence en plus, que la pluie se remet à tomber plus fort. Nous descendons en voiture en direction de Cozzano point de départ du chemin pour monter les rejoindre à pieds au refuge d’Usciolu et y passer la nuit. En route, nous croisons quelques cochons et la route est vraiment inondée par endroit. On dirait qu’il a beaucoup plus plu ici. J’espère que pour eux tout va bien ? La pluie redouble, il y a du tonnerre et il tombe des trombes…. Je commence à évoquer la suite à mes 3 passagers compte tenu de la météo et ne me rend compte qu’au bout de plusieurs minutes que tous dorment. Ok super 😉! Je roule prudemment et me gare à Cozzano. Tout le monde dort toujours jusqu’au réveil en sursaut de Maxence qui ne sait plus trop où il est. On patiente dans la voiture car c’est le déluge et qu’on n’a toujours pas la certitude que les autres aient continué. Un peu avant 15h, Simon me joint et me confirme qu’ils sont toujours en route pour le refuge. Nous avons 1000m de d+ à faire, il faut y être avant 18h pour réserver les repas pour tous et nous ne sommes pas super en avance.

On missionne Maxence qui marche plus vite que nous tous, pour partir devant et ainsi assurer les repas. Vincent Carolina et moi partons plus tranquille. Carolina n’ayant jamais fait autant de dénivelé, gère « grave de ouf » un 1000m de d+ sur 5km et surtout nous empêche de nous tromper à une intersection. Belle grimpette, sous quelques gouttes au départ, pour arriver au refuge manger une assiette de pâtes, dormir ensemble dans le dortoir pour une bonne nuit avant la dernière journée. J5 : Hier je suis monté avec un sac à dos de 40 litres exprès afin de pouvoir alléger ceux qui le souhaitaient pour la dernière étape. Une fois la troupe partie, nous voilà à trois (Maxence, Carolina et moi) pour redescendre à la voiture à Carruzo avant le dernier trajet pour Conca. La vue est toujours aussi belle depuis le refuge et le petit col un peu plus loin. Une fois à Conca, je réorganise un peu la voiture, puis nous buvons un coup et me prépare pour monter en direction d’I Paliri. La gérante me demande si j’ai assez d’eau et me déconseille de partir car il fait très chaud, je lui explique que je connais le trajet et que j’ai l’habitude de marcher. Je croise pas mal de randonneurs dans des états plus ou moins second et je compte les montées et descentes significatives pour pouvoir le dire si besoin à la team. Quelques kilomètres avant le refuge, je retrouve Luc, Fred et Eric, puis un peu plus loin Silas, Valentine et Cédric et je décide de faire demi-tour même si j’aurai préféré continuer jusqu’au refuge pour faire le plein en eau (eau que Luc m’avait proposée en me croisant mais je n’avais rien compris).

Cette partie est plutôt roulante donc ça court dès que possible. J’indique à Silas les montées qu’il reste et le motive. Sur la dernière partie et tous ses rentrants interminables, j’essaie du mieux possible d’encourager et de motiver Valentine que je vois souffrir mais faut pas qu’elle lâche maintenant. Une fois la porte passée, encore un petit effort, dernière descente, puis la source, puis tout le monde est là pour féliciter les finishers dans une ambiance qui fait chaud au cœur. J’ai vraiment ressenti la fierté du défi accompli dans les yeux de chacun. Pour finir, je dirai que j’ai adoré faire l’étape 1 et j’espère faire plus la prochaine fois.
J’ai adoré le groupe : l’état d’esprit, la bienveillance, la bonne humeur, l’entraide, …. J’ai passé des moments excellents que ce soit avant, pendant et après le défi. J’ai aussi adoré suivre, encourager et aider du mieux possible en faisant la voiture balai et un peu l’assistance, … Bref à refaire et merci !!!!